Enfants Pressés, Enfants Stressés
Il y a le bon stress, celui qui nous permet de faire face à une situation à laquelle on ne peut échapper, celui qui décuple nos performances. Il y a aussi le mauvais stress, celui qui nous oblige à utiliser notre surcroît d’énergie pour résoudre des problèmes très quotidiens, presque banals mais récurrents. Peu d’adultes en réchappent, aujourd’hui. Et les enfants? En seraient-ils aussi victimes?
Observez-vous une augmentation du stress, chez les enfants?
«Depuis quelques années, pédiatres, généralistes, psychologues sont de plus en plus sollicités par des enfants anxieux, inquiets de leurs performances, en opposition au système scolaire ou à la pression parentale, agressifs, parfois violents? Autant de manifestations qui peuvent être consécutives au stress».
Y aurait-il des conséquences sur leur santé physique?
L’hyperactivité physique, déclenchée par le stress suppose un corps solide. La moindre fragilité va donc être révélée par ce stress. Un adulte peut faire un infarctus ou souffrir d’hypertension? Chez les enfants, on observe une augmentation des tics, des bégaiements, des crises d’asthme aussi».
Comment en arrive-t-on là?
Outre des signes d’agitation, que note-t-on comme malaises plus psychologiques?
Prenons la métaphore de la Formule 1. Comme la F1, le corps humain a besoin de ravitaillement et son endurance est de courte durée. Si la mécanique est sollicitée trop longtemps, l’épuisement mental apparaît. On appelle cela, le burn-out. Chez nous, les adultes, il se traduit par une fatigue physique permanente, un sommeil perturbé et cette impression que plus personne ne nous comprend. Chez les enfants, cet épuisement mental est malheureusement moins perçu. Pourtant ils en souffrent aussi. Certains sont irritables, s’opposent à toute consigne et semblent toujours insatisfaits; d’autres sont passifs, inhibés et donnent le sentiment que plus rien ne les touche».
Mais d’où vient ce stress chez les enfants? Des parents qui le leur communiquent?
Quand la mère (ou le père!) rentre du boulot après avoir fait les courses et traversé des kilomètres d’embouteillage, elle est énervée, sous tension. Elle s’arc-boute sur les devoirs et, là, décharge son stress. Ce n’est, évidemment, pas le meilleur moment!
J’ai coutume de conseiller au parent de faire l’effort de poser son stress à l’entrée de la maison et de se donner une petite demi-heure où papoter avec ses enfants, plutôt que se précipiter sur les devoirs, le repas, le repassage? C’est le moment où chacun peut se raconter, parler de ses petits problèmes de la journée mais aussi des bons moments. Ne leur demandons surtout pas quelles sont les dernières cotes récoltées!
Cette rupture de rythme apaise généralement tout le monde, et la mise en place des devoirs se fait dans de bien meilleures conditions.
On dit que les enfants sont de “grandes éponges”. Peut-on vraiment leur dissimuler notre stress?
Les parents sont souvent étonnés quand je leur dis que leur petit est au courant de tout. Certains rétorquent qu’ils cachent leur stress, qu’ils ne racontent jamais leurs soucis. Mais les enfants sentent, entendent tout et même quand ils sont en train de jouer, ils ne sont pas en dehors de notre monde. Le danger, c’est lorsqu’ils savent des choses mais qu’ils ne les ont pas comprises car ils imaginent alors le pire. Nous ne devons pas dissimuler nos soucis, nous pouvons les reconnaître sans les effrayer et leur faire porter notre angoisse».
Parents, cessez le combat!
Le jardin d’enfants devrait être un lieu où l’enfant se socialise, découvre le monde extérieur à sa famille, ses proches? Hélas, actuellement, l’école maternelle veut déjà préparer les petits aux apprentissages. Et les parents, par crainte d’un avenir professionnel difficile, renforcent cette tendance en surstimulant leur enfant, dès son plus jeune âge. Il doit marcher à 12 mois? Les parents décident de l’entraîner pour qu’il fasse ses premiers pas à 11 mois! Il doit pouvoir dessiner un bonhomme à 2 ans? Ils le lui font faire dès 1 an et demi. L’ennui est que cinq, dix ou quinze ans plus tard, les parents constatent que leur enfant ne veut plus rien faire, déteste l’école ou pense qu’il est nul. Pourquoi? Parce que l’adolescent en a ras le bol de devoir être toujours le meilleur, il en a marre des pressions parentales et il lâche, épuisé, au moment où il faudrait vraiment donner un coup de collier
N’oublions pas que l’école, c’est plus de 80% de la vie d’un enfant! Et qu’il s’y passe plein de choses essentielles pour lui qui restent méconnues ou volontairement ignorées par les parents. Un exemple: les petites disputes entre copains peuvent avoir, pour nos mômes, un effet stressant aussi puissant que l’image d’un avion qui heurte une tour new-yorkaise! L’école n’est donc pas un lieu où l’enfant se rend tranquillement. Je pense à ces parents qui me disent que leur gosse n’a rien fait de la journée alors qu’il a été à l’école! Or, quand vous écoutez attentivement l’enfant, vous vous apercevez qu’il a drôlement bossé en classe, qu’il a été soumis à une série de pressions, pas toujours faciles à évacuer, surtout s’il existe, en plus, des tensions familiales.
Alors, comment les parents peuvent-ils faire de l’école, aussi un lieu de plaisir?
D’abord, laissons nos enfants faire les maternelles et les primaires à leur rythme, tranquillement. Ce qui est important c’est que les parents donnent envie d’apprendre. Et pour donner cette envie, il faut que les parents montrent que ce que l’enfant apprend va lui servir dans sa vie quotidienne, va l’aider à se faire plaisir. Aidons-le à découvrir, par exemple, que parce qu’il sait compter, il peut jouer à la bataille avec maman. Au fil des années, il peut nous parler de ses héros rencontrés dans les livres, il peut aussi discuter de ce qui se passe dans la nature, dans son quartier, dans le monde aussi? Ainsi, grâce à l’école, d’autres relations entre enfants et parents peuvent se nouer. Pourvu que ces derniers ne s’intéressent plus exclusivement à l’élève, mais aussi et surtout à l’enfant.