Syrie – Syrie : la Russie rejette les appels à la démission de Bachar Al-Assad

Syrie – Syrie : la Russie rejette les appels à la démission de Bachar Al-Assad

En profondeur

Syrie : la Russie rejette les appels à la démission de Bachar Al-Assad

Mise à jour le vendredi 19 août 2011 à 10 h 01 HAE

Opposants syriens avec leurs pancartes.
Opposants syriens avec leurs pancartes.

Photo: AFP/You Tube

À Jableh, près de Lattaquié, les opposants manifestent à visage caché.

La Russie s’oppose aux déclarations de l’Union européenne et des États-Unis, qui réclament le départ du président syrien Bachar Al-Assad. Moscou a affirmé vendredi qu’il convient plutôt de laisser du temps au régime pour qu’il procède à des réformes. Sur le terrain, les forces de sécurité syriennes ont ouvert le feu sur des manifestants, alors que le président Al-Assad avait annoncé jeudi la fin des opérations militaires.

Au lendemain des déclarations du président américain et de ses alliés européens, qui ont appelé Bachar Al-Assad à quitter le pouvoir, la Russie fait entendre une voix dissonante. Sous couvert d’anonymat, un responsable du ministère des Affaires étrangères a déclaré que son pays ne soutenait pas de « tels appels, car nous pensons qu’il est nécessaire à présent de donner du temps au président Assad pour qu’il puisse mettre en place toutes les réformes annoncées ».

On peut se demander si l’administration américaine, qui a perdu toute légitimité populaire dans son pays, est devenue la source de la légitimité en Syrie pour parler au nom du peuple syrien et intervenir dans ses choix.

— Le quotidien Techrine, proche du pouvoir

Le diplomate russe estime que « beaucoup de choses ont été faites dans cette direction », citant l’adoption de lois appropriées, l’annonce d’une amnistie des prisonniers politiques ou l’organisation d’élections d’ici la fin de l’année.

« Le plus important, ajoute-t-il, c’est l’annonce faite hier [jeudi] par Assad sur l’arrêt de toutes les opérations militaires. C’est une avancée très importante qui reflète les intentions d’Al-Assad et du pouvoir syrien de faire des réformes. Nous soutenons cela et encourageons par tous les moyens les Syriens à aller dans cette direction. »

De nouvelles sanctions ?

Cette prise de position non officielle de Moscou risque de contrarier les intentions de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Portugal. Les quatre pays ont annoncé jeudi qu’ils comptaient obtenir une résolution des Nations unies imposant des sanctions à l’encontre du régime syrien, notamment un embargo sur les armes, un gel des avoirs de l’État et une interdiction de voyage pour certains responsables.

En qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie dispose d’un droit de veto. Or le Kremlin a toujours affirmé qu’il s’opposerait à tout projet de résolution frappant son protégé. Alliée de longue date de la Syrie et principal fournisseur d’armes du pays, la Russie prône en effet la non-ingérence, et préfère appeler au dialogue politique interne.

Les ambassadeurs européens se réunissent vendredi à Bruxelles pour décider de nouvelles sanctions à l’encontre de la Syrie. Si les mesures punitives décidées par Washington ont peu d’effets sur Damas – les relations commerciales syro-américaines sont quasiment inexistantes – il en est autrement pour l’Europe, qui achète 95 % du pétrole exporté par la Syrie.

La répression continue

Contrairement aux déclarations de Bachar Al-Assad, qui garantissait jeudi que les opérations militaires avaient cessé, les forces de sécurité syriennes ont de nouveau ouvert le feu, jeudi soir et vendredi, contre des manifestants.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 16 opposants ont été blessés par balle à Ankhel (dans le sud du pays) et 15 autres ont succombé à des blessures lors de défilés nocturnes organisés jeudi dans la banlieue de Damas et à Homs. À Lattaquié (nord-ouest), cible d’une opération militaire de grande envergure, une manifestation a été dispersée par des miliciens prorégime, rapporte l’OSDH depuis Londres.

Les forces loyales au régime ont également ouvert le feu à balles réelles pour disperser des rassemblements populaires à Deir Ezzor, dans l’est du pays, et dans la plaine de l’Haouran, dans le Sud. Des tirs ont aussi été entendus à la sortie de plusieurs mosquées dans la ville de Deraa. Aucune victime n’a toutefois été signalée par les organisations d’opposants dans ces différentes villes.

Un rapport de l’ONU conclut à de possibles crimes contre l’humanité

Une mission humanitaire de l’ONU doit se rendre en Syrie cette fin de semaine afin de « témoigner de la répression par Damas du mouvement de contestation », a indiqué jeudi le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (connu sous l’acronyme anglais OCHA). « Nous avons obtenu la garantie que nous pourrions nous rendre partout où nous le souhaitons » et « nous voulons nous concentrer sur les endroits où des combats ont été rapportés », a indiqué Valérie Amos, qui dirige l’OCHA.

Les membres de la mission chercheront notamment à corroborer les faits relayés par les enquêteurs des Nations unies, qui ont présenté jeudi un rapport dressant un catalogue des brutalités et des actes de répression perpétrés contre la population civile syrienne. Interdits d’entrée en Syrie, ces derniers n’ont pu qu’interroger des témoins des événements.

Le document de la mission onusienne relate les atrocités supposées commises par les forces de sécurité fidèles à Bachar Al-Assad. Il rapporte les cas de manifestants blessés qui auraient été achevés dans les hôpitaux, enfermés vivants dans les frigos des morgues. Ou encore la mort tragique de 26 hommes exécutés les yeux bandés, le 26 mai, dans un stade de Deraa, ville d’où est parti le soulèvement. Il décrit également la férocité des forces de sécurité qui ont ouvert le feu sur des manifestations pacifiques, parfois depuis des hélicoptères, tuant des centaines de personnes.

« Les enfants ont non seulement été pris pour cible par les forces de sécurité, mais également soumis de manière répétée aux mêmes violations que les adultes, y compris la torture », écrivent par ailleurs les enquêteurs. Ils citent ainsi le cas d’Hamza Al-Khatib, un enfant de 13 ans dont la famille a récupéré le corps mutilé, pénis sectionné, des semaines après sa disparition.

Le rapport conclut que les atrocités commises contre les civils syriens pourraient relever de « crimes contre l’humanité ». Dans cette optique, ses auteurs ont dressé une liste confidentielle de 50 auteurs présumés de ces violences, susceptibles de faire l’objet de poursuites devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Radio-Canada.ca avecAgence France Presse, Reuters et Associated Press

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